Domaine du Mascareil à Castelnou, David Château cultive la liberté !

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Perché sur les hauteurs de Castelnou, le Domaine du Mascareil semble suspendu entre ciel, garrigue et montagne. C’est ici que David Château a choisi de recommencer sa vie. Seul au milieu de ses terres, ce vigneron atypique cultive des vins profondément liés à leur terroir, loin des standards et des compromis. Une rencontre rare, en compagnie de la cheffe Marie-Églantine Delcher.

Là où finit la route

Pour atteindre le Domaine du Mascareil, il faut accepter de quitter les grands axes, de suivre des chemins de plus en plus étroits et de s’enfoncer dans la garrigue catalane. Puis soudain, le paysage s’ouvre. À 300 mètres d’altitude, le regard embrasse la plaine du Roussillon, les Corbières, la Méditerranée, la Côte Vermeille et les Pyrénées dominées par le Canigou. Un panorama à 360 degrés qui donne immédiatement le sentiment d’être ailleurs. Ici, rien n’est spectaculaire au sens démonstratif du terme. Le domaine ne cherche pas à impressionner. Il invite à ralentir. Les vignes se mêlent aux thyms, aux romarins, aux cistes et aux arbres récemment plantés. Le vent circule librement.

Les insectes bourdonnent. Le silence est seulement interrompu par quelques oiseaux. “Mes vignes ne sont pas propres, mais elles vivent”, résume David

Château. La phrase dit tout. Car au Mascareil, le vivant n’est pas un argument marketing. C’est le cœur du projet. Agriculture biologique, biodynamie, enherbement naturel, agroforesterie, limitation drastique des intrants : chaque décision vise à favoriser les équilibres naturels plutôt qu’à les contraindre.

Un homme qui a tout quitté

Rien ne prédestinait pourtant David Château à devenir vigneron dans les Pyrénées-Orientales. Originaire d’Orléans, sans aucune origine agricole familiale, il se définit cependant comme “paysan dans l’âme” depuis l’enfance. Après des études agricoles, il travaille pendant de nombreuses années dans l’industrie agroalimentaire. Une carrière stable, des responsabilités importantes, mais une sensation persistante de s’éloigner de ce qui l’anime vraiment. À trente ans, il prend une décision radicale. Il vend son appartement, retourne sur les bancs de l’université et obtient un diplôme d’œnologue à Dijon. Débute alors un nouveau parcours qui le mène de la Bourgogne à l’Oregon, puis à Bordeaux où il occupe pendant treize ans un poste de directeur technique dans un grand domaine de Pessac-Léognan.

Une expérience riche, mais qui finit par ne plus lui correspondre. “Je voulais faire mes vins”, explique-t-il simplement. Pendant cinq ans, il cherche le lieu idéal partout en France. Finalement, ce sont les Aspres qui s’imposent. Un choix que beaucoup jugent alors surprenant. Les sécheresse sinquiètent. Le climat paraît difficile. Pourtant, David y voit un potentiel immense. En 2018, il achète six hectares de vieilles vignes plantées pour certaines en 1962. Quelques semaines plus tard seulement, il réalise sa première vendange. L’aventure du Mascareil est née.

Le luxe de faire autrement

Aujourd’hui encore, David Château travaille seul. De la taille à la vendange, de la vinification à la commercialisation, tout passe par ses mains. Une organisation qui pourrait sembler déraisonnable, mais qui lui permet de conserver une maîtrise totale de son projet. Dans sa cave semi-enterrée, conçue pour s’intégrer au paysage, rien n’est laissé au hasard. Le bâtiment fonctionne de manière autonome grâce à l’énergie photovoltaïque et à un forage. L’isolation naturelle et l’enfouissement partiel permettent de limiter les besoins énergétiques.

Cette cohérence environnementale se retrouve dans les vins. Ici, les vendanges sont exclusivement manuelles. Chaque grappe est observée, goûtée, sélectionnée. “On ne met dans le panier que ce que l’on a envie de manger”, aime rappeler le vigneron à ses équipes. Le raisin devient ainsi la véritable matière première du vin. Une évidence que l’on oublie parfois. L’idée n’est pas d’imposer un style au terroir mais de laisser celui-ci s’exprimer. “Je ne cherche pas à adapter le terroir. Je m’adapte à lui.” Une philosophie qui donne naissance à des cuvées singulières où la fraîcheur et la minéralité viennent équilibrer la puissance naturelle des cépages méditerranéens.

Le goût du paysage

Au fil de la dégustation, les vins racontent leur environnement. Le Rosé du Mascareil offre une fraîcheur délicate portée par des notes de fruits rouges et d’agrumes. Clématis, élaboré à partir de Grenache blanc et gris, révèle toute la finesse minérale du terroir. Les Chimères, assemblage de Grenache, Carignan et Mourvèdre, exprime quant à lui une profondeur remarquable, portée par une structure élégante et un réel potentiel de garde.

À travers chaque bouteille, David Château cherche moins à séduire qu’à transmettre. Un paysage. Une émotion. Une histoire. “Un bon vin, c’est un vin qui permet de partager un bon moment”, résume-t-il. Une définition simple qui prend tout son sens lorsque l’orage commence à gronder au-dessus des Aspres, tandis que les verres se remplissent autour de la table. Le temps semble alors suspendu. Et l’on comprend que le Domaine du Mascareil est bien plus qu’un domaine viticole. C’est le projet d’une vie.

Domaine du Mascareil Els Colls – 66300 Castelnou
06 73 48 62 61 – contact@mascareil.com
WWW.MASCAREIL.COM

 

MARIE-ÉGLANTINE DELCHER
La Passerelle, Perpignan

Pour Marie-Églantine Delcher, le vin ne constitue jamais un simple accompagnement. À La Passerelle, il fait partie intégrante de la réflexion culinaire. Passionnée de viticulture, la cheffe part rencontrer les vignerons dès qu’elle le peut, afin de comprendre leurs terroirs et leurs méthodes de travail. Une curiosité qui l’a naturellement conduite jusqu’au Domaine du Mascareil. “Avant même de goûter un vin, j’aime comprendre pourquoi quelqu’un est devenu vigneron et pourquoi il a choisi cette terre”, confie-t-elle. Une approche qui résonne particulièrement avec le parcours de David Château. Tous deux partagent une même conviction : le produit raconte toujours l’histoire de celui qui le crée. Au restaurant, les cuvées du Mascareil trouvent naturellement leur place aux côtés d’une cuisine précise, sensible et profondément respectueuse du vivant. Le blanc Clématis accompagne à merveille les produits de la mer dont la cheffe s’est fait une spécialité, tandis que Les Chimères révèle toute sa complexité sur des plats plus structurés. Au-delà des accords mets-vins, c’est surtout une vision commune qui rapproche ces deux artisans : celle d’une gastronomie où l’authenticité prime sur les effets de mode et où chaque création reste intimement liée à son territoire.